Leopold Szondi  

11.03.1893 - 24.01.1986


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Foto: H.-C. Langenegger, Zürich / Archiv Szondi-Institut, Zürich

 

Leopold Szondi - Le Destin entre Liberté et Contrainte

Thomas Mann, auteur des “Buddenbrooks“ et prix Nobel en 1929, écrivit le 23 octobre 1953 à Leopold Szondi depuis sa maison située à Erlenbach-Zurich:

Cher Dr. Szondi,
Vous m'avez fait un cadeau important en m'envoyant votre “Schicksalsanalyse”, je vous en remercie beaucoup. Le livre m'a déjà beaucoup absorbé et le fera encore. Certains aspects me semblent étonnamment connus et familiers, telle la référence qui semble toute proche de l'essai de Schopenhaner “Über die scheinhare Absichtlichkeit im Schicksal des Einzelnen”. Dans la théorie du “choix des parents” - aussi métaphorique ce dernier puisse-t-il être - et au commencement de notre vie “encore avant l'accouplement des cellules sexuelles”, la pensée génotropique me semble se refléter dans la métaphysique de Schopenhaner, une philosophie de la “volonté”.
Vous le savez: pour sauver la liberté, la faute et le mérite, Schopenhauer les a déplacés de “l'operari à l'esse” (de l'agir à l'être). Les actions de l'homme, pense-t-il, se produisent certes en fonction de déterminations pré-établies, “mais il aurait pu en être autrement”. L’homme est donc, avec son destin, ce qu'il a voulu être. Est-ce que la “feuille génique” (“genischer Fahrplan”) n'en est pas très proche? Je ne peux commenter davantage le pour et le contre de ces pensées profondes et pertinentes. Cela ne m'est pas possible.
Veuillez considérer ces lignes comme un signe fugitif de mon intérêt!

Votre très dévoué
Thomas Mann
(Lettre de Thomas Mann [1875-1955] à Leopold Szondi [Archives de l'lnstitut Szondi, Zurich])

Qui est Leopold Szondi, lui qui a mis la notion de destin (“Schicksal”) au centre de la psychologie des profondeurs et de la psychothérapie? Quelles sont les éléments de l'“analyse du destin” (“Schicksalsanalyse”) qui ont pu occuper Thomas Mann autant et si longuement, selon sa propre déclaration? Qu'est-ce que c'est l'“analyse du destin” (“Schicksalsanalyse”)?

Leopold Szondi: sa vie et son œuvre en résumé
Leopold Szondi, né Lipót Sonnenschein, a vu le jour le 11 mars 1893 dans la ville hongroise de Nyitra (Nitra, ville slovaque maintenant). Il était l'avant dernier de neuf enfants du second mariage de son père Abraham Sonnenschein avec Rézi Kohn. Quatre enfants étaient nés d'un premier mariage. Des difficultés existentielles forcèrent la famille Sonnenschein à déménager de Nyitra à Budapest en 1898, parce que fils et filles y avaient trouvé du travail et pouvaient ainsi nourrir la famille. Le père, Abraham Sonnenschein, était cordonnier ou plus exactement bottier, mais il avait abandonné sa profession très tôt. Car au fond de lui-même il était un érudit, un homme de lettres juif; et il se vouait entièrement à l'étude de la Thora et à celle des écrits du Talmud et du Hassidisme. Szondi était persuadé qu'il était devenu religieux par son père. De sa mère Rézi Kohn nous ne savons malheureusement presque rien, sauf le fait qu'elle venait des environs de Nyitra. Dans son abnégation, entièrement dévouée à sa famille, elle se tenait en retrait. En 1911, à l'âge de 18 ans, Lipót Sonnenschein passait sa maturité. Son père mourut la même année.

Changement de nom
C'est alors qu'il changea son nom de famille Sonnenschein en celui de Szondi. Lipót Szondi commença des études en médecine à Budapest. Pendant la première guerre mondiale, de 1914-1918, ses études furent interrompues à plusieurs reprises par des périodes de service sanitaire en première ligne sur le front.

Dans l'enfer de la guerre
Pendant les combats du front en 1916, Szondi portait dans son sac militaire le livre “Die Traumdeutung” de Sigmund Freud. Durant des tirs de Shrapnell un projectile s'enfonca dans son sac d'ordonnance et fut arrêté par cet épais livre. Szondi aimait bien remarquer en se référant à cet incident, que Sigmund Freud lui avait ainsi sauvé la vie.
Szondi fut décoré pour sa bravoure. Il avait perdu - comme il disait - la peur de la mort dans l'enfer de la guerre.

Années de recherches
Après avoir terminé ses études de médecine il devint collaborateur du Prof. Pál Ranschburg, l'un des éminents psychologues en psychologie expérimentale, médecin et pédagogue thérapeute. De 1927-1941 Szondi a œuvré avec un renom croissant, comme professeur et directeur du “Königlich-Ungarisch Staatliches Heilpadagogisches Forschungs-Laboratorium” de psychopathologie et psychothérapie de l'Université pour Heilpädagogik à Budapest, un laboratoire spécialement créé pour lui.
Ses recherches familiales extensives et des enquêtes statistiques sur l'hérédité et la généalogie l'ont conduit à élaborer la théorie du choix des maladies et des partenaires ainsi que de celle d'une psychologie des pulsions.
En 1926 il épousa Lili (Ilona) Radványi (1902-1986). En 1928 naissait une fille, Vera, en 1929 Peter, un fils.

Persécution des juifs
A cause de l'interdiction pour les juifs d'exercer un métier, Szondi perdit ses postes auprès de l'état et tous ses titres d'enseignant et de chercheur. Il se retrouva totalement isolé, sans aucune possibilité de publier. Les collaborateurs juifs de Szondi furent incorporés dans les compagnies de travail, derrière le front, engagements dont on ne revenait pas. Malgré la terreur croissante pratiquée contre les juifs, Szondi travaillait à sa théorie sur la psychologie des pulsions, sans se laisser détourner. Clandestinement, ses élèves et collaborateurs non juifs héctographièrent ses travaux diagnostiques des pulsions, car il lui était défendu de les présenter en public.
La terreur des Nazis se manifestait toujours plus sévèrement dans la vie quotidienne de la famille Szondi qui fut obligée de porter l'étoile juive et de déménager dans une “maison juive”. Szondi écrivit: “Cette période, je l'ai passée avec un calme ‚analytique du destin’ (‚schicksalsanalytisch’) - comme je peux le constater rétrospectivement. L'entrée des Allemands a mis un terme définitif à mon activité médicale, celle-ci se limitant désormais à empêcher des médecins et amis de commettre un suicide. Les déportations avaient déjà commencé dans les banlieues de Budapest, et nous attendions calmement notre sort. Je n'ai pas douté un seul moment qu'un destin différent nous attendait. Et cela est en effet arrivé.”

C'est justement pendant ce temps de terreur et d'anéantissement de nombreuses vies que Szondi s'est voué à la recherche des relations entre le moi et les pulsions, entre le moi et l'esprit, entre pulsions et humanisme, ainsi qu'à l'éducation des pulsions. Son manuscrit “Schicksalsanalyse”, son œuvre fondamentale, a pu être sauvé en Suisse juste avant sa déportation.

Déportation
En juin 1944 Szondi reçut l'offre de participer à une “déportation volontaire” en Israel. Derrière cette offre se cachait une affaire financière (Becher-Kastner-Aktion) entre des représentants de l’organisation d’aide juive, Waadah (avant tout Dr. Reszö Kastner, Joel Brand et Andreas Biss), et des délégués de Heinrich Himmler. Adolf Eichmann était aussi impliqué. Le 29 juin 1944, la famille Szondi et 1683 autres “juifs d'échange” furent déplacés dans le soi-disant “train modèle” (“Musterzug”) de Budapest via Vienne jusqu'au camp hongrois de Bergen-Belsen, installé le 8 juin 1944. Le voyage se fit dans des wagons à bestiaux dans lesquels s'entassaient 60 à 80 personnes. Une dizaine de parents de Leopold Szondi, qui avaient dû rester en Hongrie, furent victimes dans les mois qui suivirent de la machinerie d'extermination et de persécution des nationalsocialistes. Dans le camp de Belsen, Szondi fonda un “cercle humaniste” (“Humanisten-Kreis”) auquel il exposait - dans une baraque obscurcie du camp - sa théorie pulsionnelle de l'humain et de l'inhumain chez l'homme, alors que lui-même et ses auditeurs frigorifiés étaient tourmentés par la faim, et que des soldats SS patrouillaient à l'extérieur.

Réfugié
Diverses négociations et interventions de l’étranger ont rendu possible le départ de la famille Szondi et de 1365 personnes pour la Suisse, le 6 décembre 1944. C'est ainsi que le 7 décembre 1944, les Szondi posèrent les pieds sur le territoire suisse. Au camp de réfugiés de Caux, Lili Szondi décrivit la vie quotidienne dans le camp de Bergen-Belsen. Ce récit émouvant (“Egy nap Bergenben”) de Lili Szondi, concernant la lutte quotidienne de sa famille pour survivre, démontre les différentes stratégies de survie développées par elle même, Leopold Szondi, leur fille Vera 16 ans et leur fils Peter de 15 ans. Ce texte est accessible dans l'internet sous Familienschicksale dans une traduction allemande.
Au vu du mépris pour l'humain institutionnalisé par la guerre et les camps d'extermination, Leopold Szondi, réfugié à Caux, se posa la question le jour de Noël 1944, de savoir comment on pourrait incorporer l'humanisme dans la société comme correctif de l'inhumain. Sous le titre “Education des pulsions” (“Erziehung der Triebe”) il imagina une voie pédagogique et thérapeutique, qu'il appela “devenir-homme” (“Menschwerdung”). Sur le chemin menant au destin pulsionnel le plus élevé, nommé “humanisme”, les hommes traversent différentes étapes, non sans de temps en temps subir des revers. Szondi disait de lui-même qu'au travers de ses expériences dans le camp de Bergen-Belsen, il s'était transformé: d'humaniste dévoué il était devenu un humaniste combatif. Dans son for intérieur il se définit comme politiquement abstinent, ce qu'il justifiait par sa notion d'humanisme: “A cause de celà je ne suis ni homme de famille, ni juif, ni politicien de gauche, ni sioniste ou hongrois, car toutes ces particularités seraient autant de limitations du moi au-delà desquelles je suis déjà parvenu.” Pourtant, une identification et une solidarité exclusive avec sa propre famille, sa propre classe sociale, sa nation et aussi sa propre religion ne signifiait pas pour autant humanisme pour Szondi. Car l'humanisme, comme but final du processus “devenir homme”, serait une identification et une solidarité avec tous les hommes, en dépit de leurs appartenances diverses, soit avec l'humanité entière.

Nationalisation
De 1946-1984 Szondi fut domicilé à Zurich. La famille a d'abord habité à l'Universitätsstrasse, plus tard à la Jupiterstrasse, et de 1954-1984 au N°. 3 de la Dunantstrasse, Zurich-Fluntern. En 1959 Szondi obtint la citoyenneté Suisse. Une donation généreuse lui permit d'ouvrir l'lnstitut didactique et de recherches en psychologie des profondeurs et plus spécialement en psychologie du destin à la Krähbühlstrasse 30, non loin du domicile de la famille Szondi. La donation fut transformée en une fondation de droit public, mise sous la direction du département fédéral de l'intérieur.

La fin de la famille Szondi
Peter Szondi, le fils très doué, Professeur ordinaire pour les sciences littéraires générale et comparative à l'Université libre de Berlin depuis 1965, s'enleva la vie le 9 novembre 1971, peu avant de prendre possession de la chaire des sciences littéraires comparées à l'Université de Zurich (en succession à Paul de Man). Peter Szondi a choisi de se suicider dans le lac de Halensee près de Berlin, comme son ami, l'écrivain lyrique Paul Celan l'avait fait auparavant, dans les eaux de la Seine. La fille, Vera Szondi, médecin, mourut en 1978 suite à un désordre endocrinien. Szondi a travaillé dans son Institut de 1971 à 1983. Il mourut, dans sa 93ème année en 1986. Peu après, le 18 août de la même année, sa femme Lili Szondi Radványi mourrait à son tour.

Le chemin commémoratif
Le 6 avril 2005, la Municipalité de Zurich décida de nommer “Szondi-Weg” le chemin piétonnier au-dessous de l'hôtel Zurichberg, chemin qui mène de la Zurichbergstrasse 146 à l'Orellistrasse. L'inscription sur la plaque est dédiée à la mémoire de Leopold Szondi (1893-1986), psychiatre et fondateur de l'analyse du destin et de l’lnstitut de la psychologie du destin, ainsi qu'à celle du spécialiste en littérature, Peter Szondi (1929-1971).

Leopold Szondi, fondateur de l'analyse du destin, explorateur du génotropisme et de l'inconscient familial
Avec la publication en 1937 de son “Analysis of Marriages – An Attempt at a Theory of Choice in Love”, Szondi introduisait en psychologie une nouvelle théorie des modes de choix chez l’homme. Cette théorie jette une lumière toute nouvelle sur la manière dont l'homme fait les choix essentiels pour son destin: choix des partenaires, des amis, de la profession, de la maladie et même de la manière de mourir.

Génotropisme
Dans ses travaux ultérieurs sur la théorie du choix, la notion de “Génotropisme” est devenue centrale. Sous le terme de génotropisme, Szondi comprend une force émanant des gènes, qui attire entre eux les individus porteurs de gènes identiques ou de dispositions héréditaires apparentées, et qui maintient leur lien affectif malgré ses variations. Les individus qui possèdent en partie les mêmes gènes ou des gènes analogues, et qui se sentent attirés mutuellement, sont des “parents génétiques” (“Genverwandte”). Par génotropisme on entend l'attirance mutuelle, le choix des individus et l'interaction entre les personnes qui sont parentes par leurs gènes. L’attirance réciproque des individus apparentés par leurs gènes est causée par l’effort fait par certains gènes pour réussir à s'imposer dans leur lutte contre d'autres gènes et à influencer ainsi les destins familiaux pendant des générations. Les individus aux gènes identiques se choisissent l'un l'autre et s'entraident en amour et en amitié afin de favoriser la propagation de leurs gènes communs. Les humains deviennent ainsi inconsciemment les coéquipiers des gènes.

Précurseur de la sociobiologie
La thèse du génotropisme peut être mise en relation avec les recherches en psychobiologie, discipline qui combine les sciences humaines avec les sciences naturelles. Avec la sociobiologie d'Edward Osborne Wilson est apparue, tard dans les années septante, une tendance scientifique dont la perspective laisse paraître judicieuse l’hypothèse du génotropisme, même en dehors de la psychologie des profondeurs. Szondi, du point de vue de l’histoire scientifique, est un précurseur de la sociobiologie moderne. Les travaux presque oubliés de Szondi sur la “feuille de route génique” (“genischer Fahrplan”) de l’homme qui débute avant même la procréation, ainsi que la conception de la concurrence entre les gènes, sont très proches des analogies et des expressions figuratives que le sociobiologue Richard Dawkins a employé dans son livre “Le Gène égoïste” (“The Selfish Gene”, Oxford University Press 1976). Szondi comprenait, comme le fit la sociobiologie des décennies plus tard, la vie de l’individu dans le sens d’une évolution avec une finalité: les hommes contribuent à l’égoïsme reproducteur des gènes, Szondi écrit: “Beaucoup de gens disent: “moi” je choisis; l'analyse du destin mène à une formulation différente: ce n’est pas “moi” qui choisis, ce sont mes gènes latents qui choisissent en moi.” Si Dawkins, dans la préface de son livre, recommande aux lecteurs de le lire comme une science-fiction, cette recommandation est aussi valable pour plusieurs passages dans l'œuvre intitulée “Schicksalsanalyse” de Szondi (Bâle, Schwabe Verlag, éditions 1944, 1949). Ce sont justement ces passages du texte auxquels Thomas Mann se réfère dans sa lettre de remerciement citée ci-dessus.

Réaction de Sigmund Freud
Avec la publication de sa théorie du choix, Szondi présentait un paradigme scientifique nouveau, prélude à une nouvelle discipline: l'“analyse du destin” (“fate analysis”) dans le cadre de la psychologie des profondeurs. Le chercheur de Budapest, alors âgé de 44 ans, a envoyé son “Analysis of Marriages” en 1937 à Sigmund Freud, âgé de 81 ans et gardien attentif de la théorie analytique du choix amoureux de l'homme. Szondi considérait les réflexions psychanalytiques au sujet de la dynamique du choix en amour comme fondamentalement justes, mais les réduisait à des épiphénomènes du génotropisme qu'il postulait. Dans sa lettre de réponse, Freud attestait, avec un certain scepticisme et tout en gardant ses distances, une influence possible, mais marginale, aux arguments de Szondi.

La fascination de Thomas Mann
Thomas Mann était fasciné par le concept du génotropisme de Szondi qui considère l'homme comme un “être génétique” (“Genwesen”) et selon lequel la destinée de l'individu est fixée bien avant sa conception et sa naissance. C'est pour Szondi le “génotropisme des gamètes” (“gametaler Genotropismus”) au travers duquel les futurs parents se reconnaissent comme apparentés et qu'ils parviennent à s'unir. Dans sa lettre de remerciement à Szondi, citée ci-dessus, Thomas Mann se réfère à l'idée du “choix des parents” (“Elternwahl”). D'après Szondi ce sont les forces génotropiques, qui déterminent aussi bien l'attirance particulière d'un enfant pour un des parents que celle de chacun des parents pour un de leurs enfants. Les choix déterminants pour le destin selon Szondi, soit ceux des relations amoureuses ou amicales, de la profession, de la maladie et de la mort sont autant de stations dans la “feuille de route génique” (“genischer Fabrplan”) de l'homme mentionnée dans la lettre de Thomas Mann. Quant à la question de savoir comment les individus ou leurs gènes peuvent identifier leur parenté génétique, Szondi était d'avis que celle-ci se révèle surtout par l'expression du visage et que, par conséquent, les parents génétiques se reconnaissent surtout à leur physionomie.

Le Test de Szondi
Cette conviction a mené Szondi à publier, en 1937 le “Géno-Test”, plus tard connu sous le nom “Experimentelle Triebdiagnostik” ou “Szondi-Test”. Les personnes soumises au test sont invitées à choisir parmi 48 portraits de personnes souffrant manifestement de maladies pulsionnelles, les deux qui leur sont le plus sympathique et les deux qui leur sont le moins sympathique. Après de nombreux essais pendant bien des années, Szondi était convaincu que ces portraits d'individus présentant une dynamique extrême dans certains domaines de pulsions, provoquent les sujets testés, qu'ils soient sains ou malades, et qu'ils influencent leur choix d'une manière déterminante.

L'inconscient familial
Szondi a reconnu dans le génotropisme les principes fonctionnel et créatif de “l'inconscient familial” qu'il avait postulé. Dès 1942, Szondi a considéré comme identiques le plan inconscient du destin de l'homme et la notion de l'“inconscient familial” (“családi tudattalan”, en hongrois). En localisant le plan génétiquement ancré du destin inconscient dans l'inconscient familial, Szondi réussit à allier son analyse du destin à la psychanalyse de Sigmund Freud avec son inconscient personnel ainsi qu'à la psychologie analytique du chercheur Zurichois C.G. Jung avec son inconscient collectif. A la conception de l'inconscient familial se rattache la préoccupation thérapeutique du “fatalisme dirigeable” (“lenkbarer Fatalismus”). Cette prise d'influence devient possible en faisant prendre conscience des plans inconscients du destin et en délimitant l'espace à l'intérieur duquel le destin personnel pourra se réaliser.

Le pont entre sciences humaines et sciences naturelles
Avec son analyse du destin, Szondi complète les autres écoles de la psychologie des profondeurs de Sigmund Freud et C.G. Jung par la dimension de la psychobiologie. Il a essayé ainsi d’établir un pont entre les sciences humaines et les sciences naturelles. L’importance historique des théories de Szondi reste dans le fait que son analyse du destin apportait des idées innovatrices à divers domaines des sciences, avant tout à la génétique, la psychiatrie, la psychologie des profondeurs, la psychothérapie, la pédagogie, la pédagogie thérapeutique et la psychologie religieuse. Les mérites scientifiques de Szondi furent honorés par l’attribution de deux titres de docteur honoris causa: en 1970 celui de l’université de Leuven en Belgique, en 1979 celui de l'Université de Paris Vllème.

Révision de la théorie du destin
C'est en érudit dramatiquement isolé des activités universitaires de recherches à Zurich que Szondi a développé dès 1946 son système des pulsions et le diagnostic expérimental des pulsions. En 1954 il apporta des modifications à la notion du destin telle qu'il l'avait conçue autrefois à Budapest. Cette nouvelle conception du destin reflète mieux la globalité bio-psycho-sociale et spirituelle de l'homme.

Destin-contrainte et destin-liberté
Szondi distingue désormais un “destin-contrainte” (“Zwangsschicksal”) d'un “destin-liberté” (“Freiheitsschicksal”). Vivre aveuglement son destin pulsionnel et passionnel, génétiquement déterminé, sans participation du “moi”, ou en restant prisonnier de normes et de convictions sociales intériorisées et figées, conduit à un destin-contrainte. De plus, les individus subissent très facilement un destin-contrainte lorsqu’ils rassemblent et concentrent leurs prétentions d'être (la “puissance d'être”, “Seinsmacht”) exclusivement sur eux-mêmes, sur leur “moi”. De tels individus se gonflent et finissent par se briser à cause de leur puissance d'être. Le transfert unilatéral et exclusif de leurs prétentions d’être sur d'autres personnes fait que celles-ci ne peuvent le supporter et que, par conséquent, elles auront aussi un destin-contrainte. C’est dans la faculté innée de l'homme d’établir une relation participative avec une dimension d’être transpersonnelle (“l’esprit”) que Szondi a vu la clef d'un destin-liberté. Au travers de ses expériences psychothérapeutiques et de son vécu, Szondi était arrivé à la conclusion que seul un objet de participation spirituel et transpersonnel pouvait être salutaire pour l'homme.
Seules les instances spirituelles et les idées humanistes de haute qualité intégrative et capables de surmonter les polarités supportent à la longue les prétentions de puissance projetées sur elles. L’homme peut participer à la puissance d’être et à la plénitude projetées sur lui à cause de sa faculté de participation. Selon Szondi, seule une répartition appropriée de la puissance d'être entre les objets corporels et pulsionnels, matériels et spirituels, adaptés à l'individu, peut conduire celui-ci à un destin-liberté.

Le “moi-pontifex” (“Brückenbauer-lch”)
Le chef d'œuvre de Szondi, “Ich-Analyse”, fut achevé en 1956. On y trouve des idées nouvelles concernant la compréhension de phénomènes psychothérapeutiques importants comme par exemple le rêve nocturne, le délire et les formes de transfert causées par le désir de participation et d’union. Szondi décrit en outre le “moi-pontifex” (“Brückenbauer-lch”): un homme doué de facultés intégratives, participatives et transcendantes considérables. Sur la voie du devenir-homme la conscience passe d’une attitude de dualisme (“ou bien-ou bien”) à une orientation plus intégrative de “aussi bien... que...” qui évite toute identification unilatérale et dogmatique avec des opinions d’écoles ou des prises de positions rigides. L’individu qui atteint la maturité intégrative du moi-pontifex, du moins de temps en temps, supporte ce va-et-vient constant entre les pôles psychiques et finalement il transcende ces polarités psychiques en une entité plus conciliante. La liberté obtenue en surmontant polarités et dualismes est, pour Szondi, l’incarnation même d’un destin-liberté et celle de l’humanité.

La psychologie des profondeurs générale
Dans l’idée du moi-pontifex est enracinée le désir central de l'“analyse du moi” (“Ich-Analyse”), qui est celui d'intégrer les différentes écoles et orientations de l'analyse des profondeurs au sein d'une “psychologie des profondeurs générale” (“Allgemeine Tiefenpsychologie”), et cela sans effacer les différences entre leurs idées. Szondi souhaitait donc une formation multidimensionelle dans son Institut où des représentants de la psychanalyse, de la psychologie analytique de C.G. Jung et de l'analyse du destin travailleraient ensemble, de façon intégrative. Szondi voulut maintenir la diversité des perspectives psychothérapeutiques comme manifestations de l'inconscient unique mais polyglotte.

Les écoles de langue de l'inconscient
Szondi concevait les différentes branches de la psychologie des profondeurs comme de vraies écoles de langues spécialisées dans les diverses formes d'expression et de communication de l'inconscient. Szondi attribuait le langage des symptômes à la psychanalyse, celui des symboles à la psychologie analytique de C.G. Jung et celui du choix à l'analyse du destin. Il laissait aux recherches futures le soin de découvrir d'autres domaines d'expression de l'inconscient.

Le système des pulsions de la psychologie du destin
Dans son livre “Ich-Analyse”, le système des pulsions élaboré à Budapest devient un schéma structurel complexe de la vie pulsionnelle humaine. Le schéma des pulsions est marqué par le chiffre quatre. Il se compose de quatre types de pulsions (vecteurs), de huit besoins (facteurs) à deux tendances chacun (plus et moins). La pulsion sexuelle est la résultante des besoins de tendresse sensuelle et sublimée ainsi que de ceux d'activité et de dévouement. La pulsion de surprise est marquée par les besoins et tendances de la vie affective qui se manifestent par l'impulsivité, la colère, la peur et le sens de la justice, mais aussi par la honte et le besoin de se faire valoir. La pulsion du moi est constituée par les deux besoins, avoir, et posséder, ainsi que par les aspirations à s'étendre (inflation), à participer (participation), à l'incorporation psychique (introjection) et à la négation (négation). La pulsion de contact est composée des besoins et désirs d'attachement et de détachement, de changement et de persistance. Chaque pulsion comporte ainsi 16 constellations pulsionnelles possibles, les quatre pulsions prises ensemble en comptent donc 64. Elles constituent - d'après Szondi - les éléments de base, génétiquement ancrés, qui vont déterminer les plans du destin humain ainsi que les formes d'existence, et qui se révèlent dans les profils pulsionnels du diagnostic expérimental et en permettent l'interprétation. Tous les facteurs et tendances sont liés à la position complémentaire du pôle opposé. Entre les quatre pulsions et à l'intérieur de chacune d'entre elles se déroule un jeu dialectique des facteurs et tendances pulsionnels. À chaque “avant-plan” visible (“Vordergänger”) d'une personne appartient un “arrière-plan” invisible (“Hintergänger”). Ces deux aspects sont inséparables et forment la globalité de l'entité psychique. Entre l'avant-plan et l'arrière-plan s'exercent des effets vectoriels et factoriels simultanés et contrastés (“simultane Kontrastwirkungen”). Avec sa systématique différenciée, Szondi lie un destin douloureux à des clivages et blocages des fonctions du moi. Lors des clivages diagonaux, les besoins pulsionnels sont divergents et en opposition. La santé psychique est le résultat de la régulation mutuelle et de la coopération des pulsions.
Le système analytique des pulsions s'est montré dès le début extrêmement intégratif. On y retrouve les quatre cercles héréditaires de la psychiatrie des années trente et quarante, nouvellement interprétés par Szondi comme cercles du destin: le cercle des déviations sexuelles (vecteur S), le cercle épileptiforme-paroxysmal (vecteur P), le cercle schizoforme (vecteur Sch) et le cercle maniaco-dépressif (vecteur C).
Ainsi Szondi ne réussit pas seulement à réunir la théorie des pulsions, la psychologie des besoins et la théorie des maladies de la psychanalyse, mais il parvint à introduire des différences dans la psychologie des pulsions, ce qui différenciait mieux le système des pulsions de la psychanalyse ancienne et s'adaptait mieux à la pratique thérapeutique. Ainsi, à côté des liaisons libidineuses sexuelles basées sur la pulsion sexuelle, il distinguait des formes de liaisons participatives-fusionnelles basées sur la pulsion du moi, et dans lesquelles les besoins d'unité et de parenté sont vécus. De même, Szondi ajoutait un besoin de contact particulier à certaines formes de liaison caractérisées par le désir d'acceptation, de soutien, de sécurité et de nourriture. Szondi put ainsi distinguer plusieurs formes de liaisons de transfert nonlibidineuses en plus de celles décrites par Sigmund Freud, qui ne furent comprises que des dizaines d'années plus tard comme transferts d'auto-objet (Spiegelübertragung, Zwillingsübertragung, idealisierende Verschmelzungsübertragung d'après Heinz Kohut) dans les théories psychanalytiques d'autopsychologie et celles du narcissisme. La notion de pulsion particulière du contact s'approche de la théorie des liaisons que Bowlby a conçue bien plus tard. Aussi bien Szondi que Bowlby, lors de leurs refléxions et recherches sur l'attachement, tenaient aussi compte des sciences du comportement biologique.

Théorie des agressions
Le système pulsionnel de l'analyse du destin, structuré en quatre domaines de la vie (vecteurs), est le point de départ d'une typologie différenciée du comportement agressif. Szondi distingue quatre sortes d'agression humaine, chacune étant due à des sources spécifiques d'énergie du point de vue de la psychologie des pulsions:
L'agression motivée par le désir sexuel se manifeste sous forme de sadisme, de masochisme et/ou de sado-masochisme. L'agression passionnelle se nourrit de l'énergie des affects et se manifeste par des crises passionnelles, suivies le plus souvent par une phase de désir de réparation. L'agression du moi, dépréciant et détruisant tout et tous, s'exprime sous les formes diverses du négativisme et celles de l’anéantissement idéologiquement motivé. L’agression de frustration résultant de sentiments de privation et de non-acceptation peut mener à des actions terroristes, à des actions de désespoir et de libération de la part des membres de sociétés opprimées.

Caïn - Abel - Moïse
La vision de la réalité chez Szondi est marquée par l’expérience qui montre que, dans chaque paire complémentaire des oppositions (polarité), les pôles sont liés dynamiquement et de façon irrévocable et forment une unité. Cela n'a donc pas de sens d’aspirer au bien et de combattre le mal, mais il faudrait plutôt considérer le bien et le mal comme deux faces d'un tout et de les maintenir en équilibre dynamique. Pour la compréhension de la dynamique des affects humains Szondi attribuait beaucoup d'importance à la polarité de Caïn et d’Abel. Le devoir de l’individu est de reconnaître Caïn et Abel en soi-même comme des contradictions complémentaires (polarités), et de les vivre. Ce devoir trouve son expression symbolique dans la figure intégrante de Moïse. En la personne de Moïse, la combinaison dialectique de Caïn et d’Abel aboutit à la constitution des qualités humaines éminentes que sont la conscience et l’éthique.

Analyse du destin: Thérapie des destins-contrainte
C’est en 1956 seulement que Szondi se présenta comme fondateur de la psychothérapie du destin. Avec son livre “Schicksalsanalytische Therapie”, il publiait en 1963 un volumineux recueil des méthodes et des interventions psychothérapeutiques qu'il avait partiellement pratiquées à Budapest déjà.

La perspective de plusieurs générations
Le point central au départ d'une analyse du destin est la mise en perspective de plusieurs générations. L'inconscient familial forme un ruban invisible, qui relie verticalement tous les membres d'une famille à travers les générations au “circuit des ancêtres” (“Stromkreis der Ahnen”). Mais les membres vivants d'une famille sont aussi liés horizontalement entre eux par l'inconscient familial. A travers ces liens verticaux et horizontaux, les membres d'une famille forment un réseau affectif hautement chargé. L'analyse du destin ne considère pas l'individu comme un être isolé, mais comme faisant part intégrante du contexte visible et invisible de la famille d'origine et de la parenté. La perspective de plusieurs générations de Szondi permet de reconnaître les intrications, les attentes, les mérites, les dettes, les devoirs de loyauté, mais aussi les ressources et les forces qui se perpétuent de génération en génération.

La co-évolution familiale
Szondi considérait l'individu comme protagoniste et associé d'une coévolution familiale, comme administrateur d'un héritage d'idées transmises de génération en génération (“mentales Schicksal”). D’après Szondi, nous sommes responsables pour sa conservation, son développement et sa transmission. Une acceptation consciente par le moi de cette responsabilité donne du sens à la vie, augmente l’identité familiale et la solidarité. Szondi parlait “d’une identification familiale” qui, choisie consciemment, représente un “destin du moi, celui de ses choix ou de liberté”. Si par contre les charges et espérances héritées sont acceptées inconsciemment et aveuglément vécues comme des contraintes, elles vont très facilement empêcher, supprimer même, l'épanouissement personnel et la réalisation de soi des membres de la famille. Ainsi, l’individu devient victime d’une contrainte de répétition et d’un destin familial de contrainte, ce qui fait qu’il sera bien incapable de vivre sa propre vie.

Thérapie du destin
La thérapie du destin paraît indiquce pour des personnes qui se sentent obligées de reproduire - sans se poser de questions - les schémas de vie de leurs prédécesseurs et ancêtres. Il est donc important, dans une thérapie du destin, de se confronter aux questions suivantes: Quel est mon destin de contrainte familial? Qu'est-ce que je veux assumer de mon héritage familial et des requêtes de ma famille (“familiäre Identifizierung”)? Qu'est-ce que je ne veux en aucun cas transmettre (“familiäre Negation”)? Qu'est-ce que je veux changer dans les partis pris et exagérations dans ma famille? Comment veux-je structurer ma vie personnelle dans ce contexte familial (“Wahlschicksal”)?